Cave sous une maison à Épernay : les signes qui doivent alerter
Par les ingénieurs de 3G CIVIL · · 5 min de lecture

À Épernay, la cave fait presque partie de la maison. Creusée dans la craie, parfois voûtée en briques ou en moellons, elle a servi de cellier, d'abri ou de réserve. Sous la ville, les maisons de champagne ont creusé des dizaines de kilomètres de galeries, et beaucoup de particuliers possèdent leur propre cave, plus modeste.
La plupart de ces caves tiennent depuis plus d'un siècle sans faire parler d'elles. Une cave reste pourtant un ouvrage souterrain : elle vieillit, réagit à l'eau et aux travaux faits au-dessus. Voici comment elle fonctionne, ce qu'il faut regarder lors d'une visite, et les signes qui justifient l'avis d'un ingénieur.
Pourquoi une cave dans la craie tient, et ce qui la fragilise
La craie saine est une roche tendre mais cohérente. Une galerie creusée dedans tient par effet de voûte : les efforts contournent le vide et se reportent sur les parois. Plus la galerie est étroite et l'épaisseur de craie au-dessus importante, mieux elle se comporte.
Trois choses viennent troubler cet équilibre. L'eau d'abord : une craie gorgée d'eau perd une bonne part de sa résistance, et une canalisation qui fuit ou une descente pluviale qui se déverse au même endroit pendant des années suffit à la ramollir. Le gel ensuite, près des soupiraux et des entrées, qui fait éclater la surface des parois. Enfin les charges ajoutées en surface : extension, surélévation, piscine, engins de chantier ou véhicules lourds au-dessus d'une galerie peu profonde.
Les caves maçonnées obéissent aux mêmes règles. Une voûte en briques ou en moellons tient tant que sa forme est conservée et que ses appuis ne bougent pas. Des joints délavés, des briques qui se délitent ou un pied de mur qui s'écarte modifient cette forme, et la voûte se met à travailler.
Ce qu'il faut regarder lors d'une visite
Une visite par an, à la lampe, suffit souvent. Prenez des photos aux mêmes endroits pour pouvoir comparer d'une année sur l'autre. Regardez en particulier :
- le ciel de la cave, c'est-à-dire son plafond : écailles de craie tombées au sol, plaques qui sonnent creux, fissures qui suivent l'axe de la galerie ;
- les parois : traces d'humidité, suintements, dépôts blancs, zones où la craie devient pâteuse au toucher ;
- les voûtes maçonnées : joints vides, briques fendues ou manquantes, déformation visible, fissure au sommet ;
- les piliers et les murs : fissures verticales, éclats aux angles, écrasement en pied ;
- le sol : débris récents, flaques, dépôts de boue qui trahissent une arrivée d'eau ;
- les jonctions avec la maison (escalier, soupiraux, passages de canalisations), où l'eau et les fissures apparaissent souvent en premier.
Un petit tas de craie au pied d'une paroi n'est pas forcément grave : la surface s'écaille avec le temps. Ce qui compte, c'est le rythme. Des chutes qui se répètent au même endroit, ou des morceaux de plus en plus gros, montrent que le phénomène progresse.
Les signes qui doivent alerter
Certains signes justifient de faire venir un ingénieur sans attendre la visite suivante :
- une fissure qui s'ouvre dans une voûte ou le long d'un pilier ;
- des blocs, et non plus des écailles, qui se détachent du ciel ;
- une arrivée d'eau nouvelle, surtout après des travaux ou un orage ;
- des fissures qui apparaissent en même temps dans la cave et dans la maison au-dessus ;
- un affaissement du jardin, de la cour ou de la chaussée à l'aplomb de la galerie ;
- une porte ou un escalier de cave qui se déforme.
Si le sol s'affaisse en surface ou si des blocs tombent, évitez de circuler dans la cave et au-dessus de la zone concernée. Une mise en sécurité, par exemple un étaiement provisoire, peut être nécessaire avant tout diagnostic détaillé.
Avant des travaux au-dessus d'une cave
Beaucoup de désordres apparaissent après des travaux. Une extension dont la fondation tombe juste au-dessus d'une galerie, une poutre de mur porteur qui vient s'appuyer sur le haut d'une voûte, une surélévation qui alourdit toute la maison : la cave reçoit alors des charges pour lesquelles elle n'a pas été creusée.
Avant un projet, il faut donc savoir où passe la cave, à quelle profondeur, dans quel état elle se trouve et ce qu'elle peut supporter. Un relevé de la galerie reporté sur le plan de la maison évite bien des surprises. Nous l'intégrons à nos études d'ouverture de mur porteur et de surélévation ou d'extension.
Pensez aussi aux voisins : une cave peut se prolonger sous la parcelle d'à côté, et des travaux lourds chez eux peuvent la concerner.
Ce que fait l'ingénieur
Le diagnostic d'une cave commence par un relevé : forme et dimensions des galeries, épaisseur de craie au-dessus quand on peut l'estimer, position par rapport aux murs de la maison. L'ingénieur examine ensuite la craie et les maçonneries, repère les fissures et les zones humides, et cherche d'où vient l'eau. Selon ce qu'il constate, plusieurs réponses existent :
- supprimer l'arrivée d'eau : réparer une canalisation, dévier une descente pluviale, assainir les abords ;
- purger la craie altérée et protéger les parois exposées ;
- rejointoyer ou reconstruire une partie de voûte maçonnée ;
- renforcer par des piliers, des cintres métalliques ou un boulonnage du ciel ;
- combler la galerie, en totalité ou en partie, quand elle n'a plus d'usage et menace la maison.
Le comblement passe souvent pour la solution radicale. Il est efficace, mais la cave est perdue, et il faut s'assurer que le matériau injecté remplit tout le vide. Quand la cave compte pour vous, un renforcement ciblé est souvent possible. Si c'est la maison elle-même qui a bougé, voyez notre page tassement et reprise en sous-œuvre.
La base nationale des cavités souterraines, consultable sur Géorisques, recense une partie des cavités connues. Les caves privées y figurent rarement : l'absence de signalement ne prouve pas l'absence de cave.
Questions fréquentes
Une cave humide est-elle en danger ?
Pas forcément. Une cave creusée dans la craie est naturellement fraîche et humide, c'est même ce qui en fait un bon cellier. Ce qui doit alerter, c'est l'eau qui coule ou suinte toujours au même endroit, les flaques qui apparaissent, et la craie qui devient molle à cet endroit.
Faut-il signaler une cave lors de la vente d'une maison ?
Il n'existe pas de diagnostic obligatoire propre aux caves. Le vendeur doit en revanche informer l'acheteur des désordres qu'il connaît, et l'état des risques annexé à la vente mentionne les plans de prévention qui concernent la commune. En cas de doute sur l'état d'une cave, un diagnostic avant la vente protège les deux parties.
Qui est responsable d'une cave qui passe sous le terrain voisin ?
En principe, le propriétaire du sol l'est aussi du dessous. Les actes de propriété prévoient pourtant parfois autre chose, et certaines caves appartiennent à une autre parcelle que celle qu'elles traversent. Il faut consulter les titres, puis, en cas de désordre, établir la cause : c'est elle qui détermine qui doit agir.